L’art du silence (écrit en 2017)

Expérience originale pour l’un ou thérapeutique pour l’autre, je vous raconte ici l’excitation, les craintes et les doutes d’une retraite de silence.

Le silence, vaste mot/maux qui souvent associer à l’ennui garde une triste réputation. Dès que j’ai annoncé “retraite silence” autour de moi je pouvais sentir le frisson parcourir l’espace. Comme le temps, comme l’ennui, comme le vide, cette notion fait tout de suite peur. Et pourtant… 

Pour la troisième semaine de formation de yoga, nous sommes partis effectuer une semaine de silence au Maroc, du côté d’Essaouira. 

LE AVANT

Quand on m’a annoncé qu’on partait au Maroc j’ai été mitigé. D’un côté partir en terre connue, c’est un pays que j’adore et que je connais depuis petite. De l’autre cela m’a renvoyé aussi à ma dernière visite qui ne s’était pas passé comme je l’avais imaginé, et qui m’avait beaucoup angoissé au retour. Puis passé quelques jours je me suis rapidement faites à l’idée. 

Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour penser à ce voyage, et ce n’est pas plus mal. Je n’étais pas spécialement pressée d’y aller, mais pas rebutée non plus. Je n’ai eu aucune attente en particulier. Du moins, je me suis obligée à n’en attendre rien du tout. Chaque fois que l’idée me traversée, une seule phrase venait et se répétait « tu verras bien quand tu y seras, de toute façon maintenant tu n’en sais rien, tu ne pourras le vivre ou t’en inquiéter que sur le moment présent ».

J’étais simplement curieuse de l’expérience, comme la majorité des choses que j’entreprend dernièrement. Encore une fois “prends ce que tu as à prendre, et si quelque chose se passe tu le traiteras sur le moment”. 

Ce qui a été difficile à gérer en amont c’était plutôt la vision des autres. Certains questionner sur le fait d’être seul avec soi même, les réactions sont plutôt toutes similaires : l’étonnement. J’ai beaucoup entendu « moi je ne pourrais pas ». 

J’évitais de dire trop souvent ce que j’allais y faire. Parfois quand le sujet était là les débats se lancés. Chacun à son idée de soi même, de passer du temps seul.

Alors le fait de le faire nous fait certainement relativiser, ce qui permets de nous rassurer nous même ; fort probable.

Il m’est arrivé, de me demander si j’étais différente de ne pas avoir peur. Un de mes amis m’a dit quelque chose de si fort que ça m’a habité pendant un moment : « J’aurais tellement peur d’aimer ça, que je ne sais pas si j’arriverais à revenir parmi les autres ». Et je l’en remercie car ça a été une des questions qui a résonné en moi.

PENDANT

Ca y est, c’est l’heure de se retrouver/décoller/papoter. On est contente de se voir, mélanger entre de l’impatience et beaucoup de joie. J’observe les regards, les sourires, les non sourires, et je vois toute les transformations qui peu à peu nous font évoluer chacune, en parallèle de ce qu’on vit.

Après une rapide nuit à Marrakech, nous arrivons à Tafedna, à 1h d’Essaouiera. Je retrouve les odeurs, les sensations, de mon enfance. La musique qui me porte pendant ce voyage est une musique à l’intérieur, avec tout mes sens en éveil. L’eco lodge où nous séjournons, n’est pas luxueux de façon matériel, mais c’est son environnement qui rend le lieu exquis. Je m’y sens bien.

C’est un lieu alternatif, les personnes qui y travaillent viennent de partout dans le monde. Ca sent bon le sel, la mer et les sourires. Le bruit de l’Océan est reposant.

La seule chose où je me demandais bien comment ça allait se passer, c’est de vivre en colocation …en silence ?! Quelle idée ! Pourtant, nous étions bien 3 par chambre, sans l’intimité. (Non il n’y avait pas de porte aux toilettes ndlr)

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Le silence s’est installé dès le premier soir, et il a été très doux à leurs côtés. Je ne me suis pas senti gênée ou mal à l’aise une seule fois.

Les journées en silence se sont ponctuées de cours de yoga, de sommeil, de balade, de découverte et d’écrits. J’ai beaucoup écrit.

Beaucoup d’aprioris que j’avais sur moi-même, que j’entendais de la part de mes proches, sont tombés. Des croyances, des certitudes, ont été balayé. Je ne cogitais plus car le silence m’a imposé le moment présent. Il ne l’a pas rendu lourd, comme on peut l’imaginé, il l’a fait exister, l’a mis en avant, l’a amplifié. Alors oui, on observe plus, on stop la parole inutile, on se concentre sur l’essentiel, la mémoire ressurgit. Ce qui m’a enchanté ça a été les sentiments comme l’intuition, la créativité, de permettre à mon esprit de se libérer. J’ai appris à rire avec moi-même.

On comprend des choses, qu’on savait certainement déjà car elles sont en nous. Seulement dans mon cas je n’avais jamais laissé la place, pour prendre le temps de les écouter.

Ce vide léger, cette liberté qu’on a de regarder enfin les choses telles qu’elles sont sans jugements, sans encombrement de l’esprit de n’avoir rien d’autre à faire que ça : être là.

LE APRES

Peu de choses ont changé dans ma vie. L’état du silence m’a transporté quelques temps…. Puis la vie a repris son cours. La différence est qu’aujourd’hui, en ayant vécut cet état, je peux m’y replonger autant de fois que je veux et que je le désire.

Je suis contente d’avoir partagé ça avec les personnes qui était là. Le partage du silence à leur côté est une des expériences les plus riches de ma vie. A refaire!